Bénin : comment remédier à la sous-bancarisation du pays ?

Moins d’un Béninois sur deux dispose d’un compte bancaire. Entre obstacles structurels, défiance culturelle et concurrence de l’informel, l’inclusion financière reste un chantier prioritaire.


Selon les chiffres de la Banque de France, seuls 48,6 % des Béninois possédaient un compte bancaire en 2021. Un taux en progression mais encore insuffisant pour un pays qui aspire à une économie moderne et inclusive. Les raisons de ce retard sont multiples : faible couverture du territoire en agences, méfiance persistante à l’égard des institutions financières, coûts jugés trop élevés, et surtout concurrence d’un système informel solidement ancré.

Des banques encore trop éloignées

À la fin 2022, le Bénin comptait 14 banques et un établissement financier. « Ce nombre est très insuffisant pour un pays de plus de 13 millions d’habitants, surtout quand on considère que la majorité vit dans les zones rurales », explique Nounagnon Aguenou, analyste économique. Dans ces localités, l’absence d’infrastructures technologiques et la faible couverture internet freinent l’expansion des services numériques. Résultat : des populations entières restent exclues de l’offre bancaire.

La méfiance et l’attrait de l’informel

La question de la confiance demeure également centrale. « Beaucoup de Béninois associent les banques à des expériences négatives ou à des procédures trop complexes », souligne Armand Hounkpè, expert en inclusion financière. À cela s’ajoutent des frais d’ouverture et de gestion de comptes jugés dissuasifs. Dans ce contexte, les systèmes informels, comme les tontines, apparaissent plus accessibles et adaptés aux réalités locales.

Le frein des revenus modestes

Au-delà de la distance et de la défiance, le niveau de vie constitue une autre barrière. Selon Aguenou, « la faible capacité d’épargne d’une grande partie de la population limite l’usage des services bancaires ». Ce constat est renforcé par une bureaucratie lourde et des conditions d’accès qui ne prennent pas toujours en compte les réalités socio-économiques locales.

Des pistes pour accélérer la bancarisation

Pour renverser la tendance, plusieurs initiatives voient le jour. L’éducation financière est au premier plan. Elle doit permettre aux populations de mieux comprendre les avantages de la bancarisation et de développer une culture de l’épargne. L’amélioration des infrastructures numériques, la réduction des frais bancaires ou encore des partenariats public-privé figurent aussi parmi les leviers identifiés.

Un autre vecteur puissant est le développement du « mobile money ». Très populaire depuis le début des années 2000, ce service a transformé l’accès aux transactions financières. « Le taux de détention de comptes via mobile est passé de 38 % en 2017 à 49 % en 2021. Cela montre que le téléphone portable peut devenir le principal outil d’inclusion financière », insiste Hounkpè.

Restaurer la confiance

Mais au-delà des innovations, un impératif demeure : regagner la confiance du public. Pour Aguenou, « il est essentiel que les banques simplifient leurs démarches, réduisent leurs coûts et montrent qu’elles sont des partenaires fiables du quotidien ». Le défi est immense, mais le potentiel l’est tout autant. En combinant technologies, réformes et pédagogie, le Bénin pourrait relever le pari de la bancarisation de masse et bâtir une économie plus inclusive.

NALLA BACHIROU

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