Il fut président du Gabon pendant quatorze ans, héritier d’une dynastie qui aura régné plus d’un demi-siècle. Depuis sa chute en 2023, Ali Bongo vit désormais à Londres après un bref passage par Luanda. Loin du décorum du pouvoir, l’ancien chef d’État tente de se reconstruire, entre silence forcé et quête de reconnaissance judiciaire.
L’héritage d’un nom
Porter le nom Bongo, au Gabon, a longtemps été synonyme de puissance absolue. Ali, fils d’Omar, a grandi dans l’ombre d’un père qui incarnait l’État. Lorsqu’il accède au pouvoir en 2009, beaucoup voient en lui la continuité d’un système huilé, un héritier façonné pour régner. Mais derrière l’assurance affichée, le fardeau de la succession pèse lourd. L’homme n’a jamais réussi à se libérer totalement de la comparaison avec son père.
Un règne fragilisé par le corps
En 2018, un AVC vient bouleverser son destin. Diminution physique, rumeurs persistantes sur sa santé, soupçons de manipulation par son entourage : l’image d’un président fort se fissure. Le chef d’État apparaît affaibli, parfois absent, tandis que les tensions sociales et politiques s’exacerbent. Le pouvoir Bongo n’a plus la même aura.
Le 30 août 2023 restera comme le jour de sa descente aux enfers. Quelques minutes après sa réélection, l’armée prend le contrôle. Ali Bongo est assigné à résidence, filmé dans une vidéo devenue virale, appelant au secours d’une voix tremblante. Une scène crue : le président, jadis tout-puissant, réduit à l’impuissance et à la supplication. Son épouse Sylvia et son fils Noureddin sont arrêtés, accusés de corruption et de détournement de deniers publics. L’empire Bongo s’effondre en direct, sous les yeux du monde.
L’exil de l’ombre
Après deux années passées dans un climat tendu à Libreville, l’accord trouvé en mai 2025 avec Luanda sonnait comme une porte de sortie. Ali Bongo et sa famille avaient donc d’abord trouvé refuge en Angola, accueillis par le président João Lourenço. Mais l’exil, même doré, restait une forme de bannissement. À Luanda, l’ancien président vivait à l’écart, loin des caméras et des projecteurs. Plus de cortèges officiels, plus de palais présidentiel : seulement le silence d’un quotidien sans pouvoir. Aujourd’hui installé à Londres avec sa famille, il entend peser de son poids sur l’avenir du parti démocratique gabonais déchiré par des luttes internes.
Un homme face à lui-même
Ali Bongo refuse ainsi de disparaître totalement de la mémoire de ses compatriotes gabonais. En juillet 2025, il saisit la justice française avec son épouse et son fils, dénonçant sa «séquestration », des « tortures » et une « spoliation ». À défaut d’arène politique, l’ancien président s’offre une scène judiciaire. Une manière de reprendre la parole et de dire au monde qu’il n’a pas été seulement le dirigeant déchu d’une dynastie contestée, mais aussi un homme brisé par un coup d’État.
Que reste-t-il d’Ali Bongo aujourd’hui ? Le faste des palais et l’influence diplomatique se sont évanouis. Il ne reste qu’un homme, affaibli, vieillissant, qui regarde en arrière un règne de quatorze années et l’héritage d’une famille qui aura marqué plus d’un demi-siècle d’histoire gabonaise. Son exil à Londres, via Luanda, est autant une retraite qu’une épreuve. Il y affronte le poids de la solitude, l’amertume d’une chute et peut-être, en silence, la question lancinante : comment l’histoire retiendra-t-elle son nom ?
Un procès pour l’honneur
Ali Bongo et sa famille ont donc engagé en France une action judiciaire contre l’État gabonais, dénonçant leur séquestration et des actes de torture lors du coup d’État du 30 août 2023. Une enquête a été ouverte à Paris et l’ancien président a été entendu en juin et juillet 2025 comme partie civile. Les plaignants décrivent privations, violences physiques et traitements inhumains infligés à Ali, Sylvia et Noureddin Bongo, mettant en cause des responsables du nouveau pouvoir. En parallèle, les autorités, elles, mènent leur propre offensive judiciaire, accusant la famille Bongo de corruption et de détournements. Le procès de Sylvia et Noureddin, prévu en juillet dernier, a été reporté à novembre prochain. Ce bras de fer judiciaire illustre la confrontation entre un clan déchu qui se dit victime de brutalités et un nouveau régime qui justifie ses actions au nom de la lutte anticorruption.
Les Bongo sont défendus en France par un collectif d’avocats mené par Me François Zimeray, épaulé par Me Catalina de la Sota. Ils ont porté plainte pour séquestration et tortures après le coup d’État de 2023. Me Pierre-Olivier Sur et Me Clara Gérard-Rodriguez complètent l’équipe, multipliant les actions contre l’État gabonais et dénonçant le silence français.
ADIO BACHIROU