Au Gabon, les élections législatives prévues en septembre 2025 s’annoncent comme un moment charnière pour le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Arrivé au pouvoir par le coup d’État du 30 août 2023 avant d’être élu lors de la présidentielle d’avril 2025, il doit désormais confirmer que son assise populaire peut se traduire en majorité parlementaire stable.
L’enjeu principal est clair : doter l’exécutif d’une Assemblée acquise à sa cause pour mettre en œuvre les grandes réformes promises, qu’il s’agisse de gouvernance, de diversification économique ou de lutte contre la corruption. Ces législatives devront aussi consolider la nouvelle Constitution de 2024, qui a instauré un mandat présidentiel de sept ans renouvelable une fois.
Mais face à cette volonté d’ancrage institutionnel, l’opposition redouble d’attaques. Le 28 juillet 2025, une coalition de cinq partis — parmi lesquels l’Union du Peuple Gabonais Loyaliste et le Forum Africain pour la Reconstruction — a menacé de boycotter le scrutin, dénonçant une élection « partiale, précipitée et non inclusive ». « Le processus électoral est à ce jour inéquitable », a affirmé son porte-parole, David Mbadinga, réclamant une commission électorale véritablement indépendante et l’envoi d’observateurs internationaux.
Dans la foulée, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a haussé le ton. Le 30 juillet, il a qualifié le mécanisme du quitus de la Cour des comptes, exigé pour se présenter, de « simulacre de démocratie ». Selon lui, « ce n’est pas la loi qu’on applique, c’est le pouvoir qu’on étire jusqu’à l’abus », soulignant ainsi les limites de la transparence du processus.
Au-delà de la bataille institutionnelle, ces législatives prendront donc la valeur d’un baromètre politique et territorial. Une victoire large du camp présidentiel confirmerait l’élan né de la rupture avec l’ère Bongo et conforterait la légitimité d’Oligui Nguema. À l’inverse, une participation faible, des résultats contestés ou une percée de l’opposition viendraient fragiliser sa marge de manœuvre et ternir son image de réformateur.
Plus qu’un simple renouvellement de l’Assemblée nationale, le scrutin de septembre dira si Oligui Nguema est capable de transformer l’élan populaire en enracinement durable, ou si les failles du système risquent de peser sur la suite de son mandat.
AUDREY EDOU EYENE