Guinée-Conakry : les inquiétantes disparitions d’opposants

Un à un, ils disparaissent.

Un militant pro-démocratie. Un journaliste. Un avocat. Un ancien haut fonctionnaire. Puis un opposant. Ensuite un proche d’un exilé politique. Chaque disparition possède son histoire, mais toutes semblent obéir à une même mécanique : des hommes armés, souvent encagoulés, interviennent sans mandat connu ; la victime est emmenée ; puis le silence s’installe.

En Guinée, les disparitions forcées sont devenues l’un des symboles les plus inquiétants de l’évolution du régime dirigé par le général Mamadi Doumbouya. Lorsque celui-ci renverse Alpha Condé en septembre 2021, une partie importante de la population applaudit. Le nouvel homme fort promet alors la restauration de l’État, la lutte contre la corruption et une transition exemplaire. Son discours séduit bien au-delà des frontières guinéennes.

Mais, au fil des années, la promesse d’une transition s’efface progressivement devant une concentration croissante du pouvoir. Les manifestations sont interdites. Les principaux partis d’opposition sont suspendus. Des médias sont réduits au silence. Plusieurs responsables politiques sont arrêtés ou poussés vers l’exil. Et surtout apparaissent ces disparitions dont personne ne revendique officiellement la responsabilité mais que dénoncent les familles, les ONG et plusieurs organismes des Nations unies.

Les cas de Foniké Menguè, de Billo Bah ou encore du journaliste Habib Marouane Camara sont devenus emblématiques. Plus le temps passe, plus l’absence d’informations nourrit les inquiétudes. Une disparition forcée ne prive pas seulement une personne de sa liberté ; elle plonge aussi toute une famille dans une attente interminable, entre espoir et désespoir.

Le pouvoir guinéen conteste les accusations et récuse toute implication directe. Pourtant, son silence, souvent prolongé, alimente les soupçons. Dans un État de droit, la disparition d’un citoyen devrait déclencher immédiatement une enquête indépendante. En Guinée, ce sont fréquemment les ONG, les avocats et les organisations internationales qui portent les dossiers sur la scène internationale.

La peur finit alors par produire un effet politique redoutable : elle réduit les prises de parole. Lorsqu’un journaliste peut disparaître, lorsqu’un militant peut être enlevé sans nouvelles, chaque citoyen comprend le message implicite. La répression ne touche plus seulement les victimes directes ; elle agit sur l’ensemble de la société.

Faut-il parler de dictature ? Les spécialistes débattent parfois du terme. Mais les indicateurs utilisés par la science politique convergent : restriction des libertés, affaiblissement du pluralisme, contrôle de l’espace public et répression des voix dissidentes. La Guinée s’éloigne manifestement des standards démocratiques auxquels elle disait vouloir revenir après le coup d’État.

Cette évolution est d’autant plus paradoxale que Mamadi Doumbouya avait justifié sa prise du pouvoir par la nécessité de sauver la démocratie guinéenne. Quatre ans plus tard, les critiques portent précisément sur le recul de cette démocratie.

L’histoire enseigne cependant qu’aucun régime ne construit durablement sa légitimité sur la peur. Les disparitions forcées ne sont pas seulement des violations des droits humains ; elles deviennent souvent des blessures durables dans la mémoire d’une nation. Tant que le sort des disparus restera inconnu et que les responsabilités ne seront pas clairement établies, une part de la transition guinéenne demeurera inachevée.

Car, au-delà des débats politiques, une exigence demeure universelle : chaque famille a le droit de savoir ce qu’est devenu l’un des siens. C’est ce droit fondamental que réclament aujourd’hui les proches des disparus de Guinée.

MOUFTAOU BADAROU

Partager

Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest
WhatsApp

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *